Tamara Van San   °1982   (BE)

Des formes parlantes
Hans Theys à propos de l‘œuvre de Tamara Van San


Tamara Van San (°1982) crée des objets qui nous parlent sans être figuratifs ou géométriques. C’est exceptionnel. Elle est également capable de sculpter, c'est-à-dire de donner vie aux formes, avec la couleur. C’est tout aussi exceptionnel.

Un mot, d’abord, sur la forme non figurative, non géométrique. Tous les artistes, ou presque, qui réalisent des sculptures en céramique (y compris ceux d’aujourd’hui) réalisent des vases. Parfois, ils transforment ce vase en une femme nue en y ajoutant des seins ; parfois, ils insèrent des fleurs dans ce vase, parfois encore, ils en font un hibou. Mais cela reste des vases : des cendriers étirés, rehaussés à l’aide de petits boudins lissés.

Chez Van San, on assiste à tout autre chose. Partant du fait que les sculptures en céramique doivent être creuses (sinon elles se brisent pendant la cuisson) et qu’elles ne peuvent être renforcées par une armature métallique, elle a développé plusieurs techniques (autres que la technique du cendrier étiré) pour obtenir des sculptures qui s’élancent en hauteur. Comme elle procède d’une façon lisible, elle réalise des méta-sculptures, qui poursuivent ainsi la vieille conversation entre des sculpteurs comme Rodin (« le passage du trou à la bosse »), Henry Moore (« the science of holes and bumps ») et Brancusi (« fidélité au matériau »). Lorsque la sculpture Red Babel pénétra une seconde fois dans le four, pour le glacis, aucun membre du personnel du célèbre EKWC (centre européen de la céramique) à ‘s Hertogenbosch (Pays-Bas) ne crut que cette construction monumentale survivrait à la cuisson. Et pourtant…

Quant à l’emploi de la couleur par Van San, on constate que soit elle module les volumes en utilisant plusieurs nuances d’un même ton, soit elle les fait vibrer en combinant deux ou trois couleurs.

Tamara Van San réalise des œuvres authentiques qui ne cherchent pas des réponses à des questions académiques, mais qui forment des traces d’une existence en lien avec ce monde, dans laquelle l’amour des belles choses s’incarne aussi bien dans une raie à points bleus que dans le moulage en plâtre d’une boule de papier signée Picasso.

Tout comme chaque langue parlée se compose de sons et de gestes insignifiants qui n’acquièrent du sens que par leur agencement et leur usage, ainsi Tamara Van San façonne un poème épique aux innombrables vers, tournant, étirant et poussant sur des formes qui nous parlent sans mots, mais qui, chargées de pensées, chantent dans les chambres non surveillées de notre existence.


Montagne de Miel, 2 août 2018